L'Union européenne doit continuer à rechercher son indépendance...
L’annonce le 29 avril par les États-Unis d'une augmentation à 25 % des droits de douane sur les automobiles importées et du retrait de 5 000 soldats américains d’Allemagne constitue une attaque contre l'Europe, et particulièrement l'Allemagne, sur le plan à la fois commercial et militaire. La promesse de « stabilité et prévisibilité » que voyaient certains, notamment la présidente de la Commission européenne, dans la signature de l'accord de Turnberry en juillet 2025 a fait long feu. Pourtant, aujourd'hui encore, à l’exception d’Emmanuel Macron et de Pedro Sánchez, la plupart des dirigeants européens refusent d’affronter Washington sur le terrain du rapport de force et beaucoup préfèrent attendre les résultats des élections de mi-mandat, dans l’espoir d’un changement de majorité.
Certes, la perte de la chambre des représentants et l’affaiblissement du Sénat par les Républicains compliqueraient le financement et la prolongation de la guerre contre l’Iran. Les démocrates prévoient déjà d’enquêter sur la légalité et le coût du conflit, ce qui pourrait précipiter un retrait partiel des troupes américaines. Sur le plan commercial, ils veulent bloquer toute nouvelle hausse de droits de douane, rétablir le contrôle parlementaire sur les exemptions et relancer les alliances régionales — notamment le CPTPP (Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership) — tout en restaurant la coopération à l’OMC.
Certes, la position républicaine paraît affaiblie. La guerre avec l’Iran a fait flamber les prix de l’énergie et effacé les gains économiques que la Maison Blanche espérait mettre en avant ; la bourse se maintient, mais les salaires stagnent et l’intervention militaire est largement jugée coûteuse et mal planifiée. Les pertes militaires et les tensions avec les alliés européens ont sapé la crédibilité internationale du président Trump.
Mais la bipolarisation du paysage politique et la rareté des circonscriptions réellement compétitives ne permettent pas de parier clairement sur le résultat des élections. Ainsi par exemple, les exactions commises par les services migratoires auront-elles probablement plus contribué à approfondir les fractures qu'à changer les équilibres politiques, même si un fossé semble se creuser entre la base « Make America Great Again » et l’aile plus traditionnelle du parti républicain. Dans le camp démocrate, des personnalités telles que Gavin Newsom, gouverneur de Californie, ou Mary Peltola, candidate en Alaska, peuvent incarner une nouvelle dynamique démocrate, mais il reste à vérifier que les élections se dérouleront correctement et que leur résultat sera reconnu.
Face à une telle incertitude, l’Union européenne ne peut se contenter d’attendre et doit continuer de rechercher son indépendance. Ainsi par exemple, en matière de défense, l’intégration de l’Ukraine, sans doute loin d'être simple à mettre en œuvre, apparaît comme une nécessité. Dans l'éventualité d'une confrontation avec la Russie, désormais, endurcie par la guerre, capable de mobiliser des millions de drones et de s'appuyer sur une industrie militarisée, les compétences acquises par l'Ukraine, devenue exportatrice de drones, apparaissent indispensables, au plan matériel comme humain. Le commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius, a ainsi plaidé lors d'une réunion de la Conférence pour la reconstruction de l’Ukraine qui s’est tenue à Varsovie le 25 avril dernier, pour la création d’un nouveau mécanisme européen de défense, une « Union de la défense hors de l’Union », rassemblant l’UE, le Royaume-Uni, la Norvège et l’Ukraine autour d’objectifs militaires communs.
Notre prochain voyage à Vilnius nous permettra de mieux appréhender ces enjeux communs en nous permettant d'échanger avec différents acteurs de la vie politique et sociale lituanienne, directement concernés.
David Capitant, président
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