Les accords de libre-échange
Les accords de libre-échange, un instrument d'expansion du soft power de l'Union européenne à l'échelle mondiale...
Si l'Union européenne a encore des progrès à accomplir en matière de défense, comme l’ont montré les événements de ces dernières semaines, qui l'ont vue prise en étau entre sa dépendance aux États-Unis pour faire face en Ukraine à la Russie, et la nécessité de se défendre dans le même temps contre les États-Unis à propos du Groenland, elle dispose en revanche d'une grande force en matière de négociations commerciales. Alors que les États-Unis s'isolent par des barrières tarifaires et perdent tout crédit en piétinant les traités conclus, l'Union européenne se trouve aux avant-postes pour la conclusion d'accords de libre-échange. La semaine dernière, les négociations engagées avec l'Inde depuis quasiment vingt ans, ont abouti avec la conclusion d'un accord qui devrait permettre aux exportateurs européens d'économiser quatre milliards d’euros par an par rapport aux droits acquittés jusqu’à présent, les droits sur 90 % des biens de l’Union étant réduits ou supprimés. Ainsi, par exemple, dans le secteur automobile, alors que l’Inde applique actuellement un droit de 140 % qui limite les exportations de voitures de l’Union à quelques milliers d’unités par an, un contingent tarifaire de 250 000 voitures pour lesquelles le droit sera progressivement réduit à 10 % est mis en place par le nouvel accord. De même, le vin verra les droits passer immédiatement de 150 à 75 %, puis descendre ensuite à 20 %.
Sans aucun doute, les attaques économiques américaines ont relancé les négociations entre l'Inde et l'Union européenne. Interrompues en 2013, relancées en 2022, elles ont connu une accélération l’an dernier lorsque l’Inde a subi des droits de douane de 50 % imposés par les États-Unis alors que l’Union se voyait menacée de droits de 25 % ramenés à 15 % dans l'accord finalement conclu. Mais à l'heure où, qu'il s'agisse des États-Unis ou de la Chine, le commerce est de plus en plus utilisé comme une arme, la capacité unique des fonctionnaires de la Commission européenne à négocier l’ouverture des marchés est un atout extraordinaire qui peut être mis au service de la géopolitique.
Un accord a été signé avec le Mercosur le 17 janvier, avec l’Indonésie en 2025, actualisé avec le Mexique il y a un an, en même temps qu'entait en vigueur un accord avec le Chili. L'Union est liée avec le Japon depuis sept ans et le Canada depuis 2017, avec le Royaume-Uni depuis le Brexit en 2021. Sont encore en cours de négociations de accords de libre-échange avec l’Australie, la Malaisie, les Philippines et les Émirats arabes unis.
Ce réseau d’accords de libre échange constitue un instrument d’expansion du soft power de l’Union à l’échelle mondiale et représente une protection face au retour de la politique de la force imposée par Donald Trump, Xi Jinping ou Vladimir Poutine. Il manifeste que pour une partie du monde, le commerce reste un stabilisateur géopolitique fondamental ainsi qu'un choix stratégique clair de certitude et de prévisibilité.
David Capitant, président
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