L'arrière-plan économique des interventions américaines
Alors que les tensions entre les États Unis et l’Iran viennent de franchir un palier militaire spectaculaire avec l’opération « Epic Fury » et la mort du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, la question des objectifs véritables de Washington dans ce conflit revient au premier plan. Si l’administration américaine met en avant des raisons de sécurité nationale, notamment en cherchant à neutraliser le programme nucléaire iranien, les avantages économiques potentiels sous-jacents ne sont certainement pas absents de ses calculs. En effet, l’Iran reste un acteur pétrolier majeur, de sorte qu'une levée des sanctions ouvrirait des marchés immenses pour les entreprises américaines de l’énergie, de l’infrastructure et des technologies associées, tout en affaiblissant certains producteurs concurrents tels que la Russie ou l’OPEP et en limitant les sources d'approvisionnement de la Chine. À cet égard, l'intervention récente au Venezuela, le 3 janvier 2026, s'inscrit dans le même ordre d'idée, même si une grande incertitude continue de peser sur les contrats et la gouvernance vénézuélienne.
De même encore, l'investissement de l'administration américaine en faveur de la conclusion, en août 2025, d'un accord entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, à la frontière de l'Iran, s'il participait déjà à l'isolement de ce dernier, a également permis, en mettant en place le corridor de Zanguezour entre l'Azerbaïdjan et son exclave de Nakhitchevan, renommé route Trump pour la paix et la prospérité internationales (TRIPP), d'accorder aux États-Unis des droits spéciaux exclusifs de développement intégrant le déploiement de lignes ferroviaires, pétrolières, gazières, de fibre optique et de transport d'électricité. De même encore, l'engagement international récent de Washington en République démocratique du Congo pour conclure l’accord de paix de juin 2025 avec le Rwanda a permis de faciliter l’accès des entreprises américaines à des minéraux critiques (cuivre, cobalt, lithium), essentiels dans le cadre de la transition énergétique mondiale.
Il apparaît ainsi que chaque engagement extérieur des États-Unis s’accompagne d’une dimension économique cherchant à consolider sa position dans les réseaux d’approvisionnement global, l’accès aux ressources critiques et la domination des infrastructures stratégiques. Que ce soit en cherchant à transformer un adversaire comme l’Iran en partenaire commercial potentiel, à attirer des investissements dans des gisements miniers africains, ou à encadrer la recomposition géopolitique du Caucase, Washington vise à placer ses entreprises dans des positions clés. Pour les Européens, outre la question du Groenland, c'est celle de l'Ukraine qui doit être lue dans le cadre de cet arrière-plan.
David Capitant, président
Les accords de libre-échange
Les accords de libre-échange, un instrument d'expansion du soft power de l'Union européenne à...
Europe 2026...
Europe 2026 : ne pas s'aveugler et faire face à l'urgence...Dans cet article, Philippe Herzog...
Le suicide de l'Amérique
par François Heisbourg,conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique.Déjeuner...
2025, une année de basculements géopolitiques majeurs
L’année 2025 restera comme une année de basculements géopolitiques majeurs, confirmant que...
L'élargissement de l'Union européenne doit aussi se préparer en interne.
Un nouvel élargissement de l'Union européenne se précise sous la pression de la Russie....
Allemagne : un rôle moteur pour une UE plus intégrée et souveraine ?
Le 9 avril, les dirigeants des conservateurs de la CDU-CSU et des sociaux-démocrates du SPD ont...