Coup de tonnerre à la Commission européenne
La démission à grand fracas de Thierry Breton du poste de commissaire européen pour lequel la France avait souhaité le reconduire pour la période 2024-2029, souligne non seulement l’importance en politique des relations humaines, mais aussi celle des rapports de force entre les États-membres et encore plus les failles de l’actuel processus de formation de la Commission européenne.
Sur le premier point, deux acteurs : l’un, bouillant industriel dont l’activité débordante, voire dévorante, a été le moteur le plus puissant et le plus efficace de la Commission sortante, l’autre, personnalité forte de sa large expérience politique et d’un ego à la mesure de la réalité géopolitique de l’Union européenne. Incompatibilité des caractères et des méthodes de travail, incompréhension mutuelle qui a conduit le premier à envoyer une lettre au vitriol à la seconde.
« Vous avez demandé à la France de retirer mon nom - pour des raisons personnelles qu’en aucun cas vous n’avez discutées directement avec moi - et avez offert, en guise de compromis politique, un portefeuille prétendument plus influent pour la France dans le futur collège… Toutefois, à la lumière des derniers développements - qui témoignent une fois de plus d'une gouvernance douteuse - je dois conclure que je ne peux plus exercer mes fonctions au sein du Collège ».
Sur le deuxième point, celui des rapports de force entre les États-membres de l’Union européenne : une France au bord de l’effondrement politique et financier face à une Allemagne, certes affectée par le ralentissement de ses exportations et par un début de récession, mais forte de son capital industriel et économique, de son poids incontesté dans l’Union et de ses nouvelles ambitions géopolitiques. Conséquence : une présidente de la Commission, un peu trop marquée par son appartenance nationale, s’est permis de tacler les ambitions de la France en matière de poste de responsabilité au sein de l’Union européenne face au président Macron, en fait assez content de changer de cheval, Stéphane Séjourné n’étant certes pas de la même pointure que son prédécesseur, mais étant une garantie pour la voix du Président sur les affaires européennes.
Enfin, ce regrettable incident met en évidence les faiblesses et la complexité du processus actuel de mise sur pied de la Commission. Le fait que chaque État-membre désigne son candidat et cherche par tous les moyens à lui faire attribuer des responsabilités importantes, notamment dans les domaines qui lui tiennent à cœur, conduit la présidente à un travail d’équilibriste pour constituer son équipe : attribuer quel poste à quel candidat ? Problématique impossible, défi gigantesque, compte tenu des prétentions et des capacités de chacun, des équilibres politiques à respecter, de la parité recherchée, de la nature des postes à tenir et de bien d’autres contraintes encore.
C’est pourquoi il faut espérer qu’à la lumière de l’affaire Thierry Breton, les instances européennes - et tout particulièrement le Conseil européen du reste déjà saisi par le Parlement sortant - accepteront d’ouvrir le grand chantier de la révision des traités et de suivre, notamment en ce qui concerne la Commission, la proposition des députés sortants : donner au président de la Commission, élu par le Parlement et accepté par le Conseil européen, la possibilité de constituer lui-même son Collège de commissaires, de le ramener à l’effectif de dix-sept initialement prévu et de le soumettre à l’approbation des chefs d’État d’une part et des parlementaires élus d’autre part.
En fait, cette affaire, peu honorable pour chacun des acteurs et pour l’image de l’Union européenne, pourrait avoir d’heureuses conséquences. Rendez-vous avec la Commission 2024-2029 !
Jacques Favin-Lévêque, général (2S), administrateur d’ARRI
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