Quel regard sur le plus grand élargissement de l'UE, il y a vingt ans ?
Le premier mai 2024 est l’occasion de célébrer les vingt ans de l’élargissement oriental de l’Union européenne. Alors que se profilent des élections européennes sur fond de guerre en Ukraine et dans la perspective d’un nouvel élargissement en direction notamment des États balkaniques et de l’Ukraine, quel regard jeter sur ces vingt années ?
Sur le plan économique, il faut reconnaître que les réticences alors exprimées, fondées sur l’invasion des fameux « plombiers polonais » et sur la dilution des fonds européens désormais dirigés vers les nouveaux États membres appauvris par la dictature communiste, ne se sont pas avérées. Au contraire, on peut dire aujourd’hui que l’élargissement du marché commun de 20 %, avec l’arrivée de soixante-quatorze millions de nouveaux citoyens, a conduit à un accroissement des échanges et de la richesse commune. Des pays baltiques, devenus des champions européens, en passant par la Pologne, terre d’opportunités, les pays de l’Est ont vu leur PIB moyen par tête augmenter de 59 %, tandis que les pays de l’Ouest ont vu leurs échanges avec ces pays se développer de plus de 40 %.
Sur le plan politique, les choses peuvent paraître plus complexes. La Hongrie illibérale de Victor Orban, les huit ans de pouvoir du PIS en Pologne, le retour récent de Robert Fico en Slovaquie semblent montrer un détachement de l’UE et de ses valeurs fondatrices de la part de certains nouveaux États membres. Mais il faut reconnaître que l’instabilité politique concerne aussi les États occidentaux, comme l’illustre le Brexit ou la vie politique américaine. Au contraire, la Pologne a rejoint récemment le camp des démocraties libérales.
Que ce soit sur le plan économique ou politique, le grand élargissement de 2004 a plutôt été un succès qui a permis de stabiliser et de développer la partie orientale de l’Europe, au bénéfice général de l’Union. La comparaison avec les États restés aux portes de celle-ci : Moldavie, Géorgie, Ukraine, permet de s’en persuader.
La perspective d’adhésion à l’Union reste un facteur d’évolution extrêmement puissant, qui, lorsqu’il s’évanouit, conduit à des régressions certaines comme la Turquie en donne un triste témoignage.
Au regard de ces éléments, le nouvel élargissement doit nous conduire à intégrer les six pays des Balkans dans un premier temps, l’Ukraine et la Moldavie dans un second temps, peut-être ensuite aussi la Géorgie. Sans doute une telle intégration devrait-elle aller de pair avec une réforme du processus de décision, en cours et visant essentiellement à renforcer le principe de majorité, mais elle reste quoi qu’il en soit très souhaitable, qu’il s’agisse d’agrandir le marché commun comme d’assurer la stabilité géopolitique du continent européen.
David Capitant, président d'ARRI
Photo : Source: EC - Service audiovisuel
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