Menu icoMenu232White icoCross32White
<
>

Images de la page d'accueil

Cliquez pour éditer

Publications

Retour
Union européenne "quo vadis" ?

Union européenne "quo vadis" ?

Par Christian Lequesne, universitaire, ancien directeur du CERI (Centre d'études et de recherches internationales) et professeur de science politique à Sciences Po...

Avant de répondre à cette question qui couvre celle de l’intégration européenne, Christian Lequesne fait d’abord le constat d’un ensemble d’éléments positifs comme celui du retour à une croissance significative en Europe, laquelle explique en partie la relance de l’emploi en France, toutefois légèrement en deçà de la moyenne européenne. Il considère que nous sommes dans une période de remise en cause de ce que les américains appellent l’ordre démocratique libéral, et appuyée par des régimes semi-démocratiques voire des régimes autoritaires, dotés d’économies de marché tels que la Russie, la Chine et la Turquie. Nous observons en Europe la montée d’un euroscepticisme et de mouvements populistes très forts.

Peu de pays échappent à la poussée des partis eurosceptiques, notamment de la droite extrême. Le symbole en est l’Allemagne avec le succès du parti d’extrême-droite Afd lors des élections législatives allemandes en 2017.

Grands dossiers européens

Brexit : La négociation est difficile car les Britanniques n’ont pas de position claire sur ce qu’ils veulent faire, pas simplement par stratégie de négociation mais aussi parce qu’ils sont extrêmement divisés. C’est le cas du gouvernement conservateur sur l’accord à négocier avec les vingt-sept. Le premier ministre Theresa May jongle entre les Brexiters durs et ceux qui voudraient un accord privilégié permettant de rester dans l’Union douanière et le marché intérieur. Elle a fait un certain nombre de déclarations en faveur de la sortie du marché intérieur, donnant ainsi l’impression de valider la position des Brexiters les plus durs et de l’Union douanière. Les conditions de la sortie sont maintenant définies depuis décembre 2017. Il s’agit en ce début 2018 de négocier l’accord.

Les Britanniques se trouvent face à des partenaires qu’ils ont, semble-t-il, sous-estimés. Les vingt-sept se coordonnent sur les grands principes, en particulier sur le fait que l’on ne peut pas être à l’extérieur du marché intérieur tout en ayant les bénéfices de ce marché. Ce qui aurait convenu à Londres à condition de ne pas appliquer la libre circulation des personnes. Toucher aux quatre libertés qui sont à la base du principe même de l’intégration européenne a été une erreur et a conduit à une crispation. Christian Lequesne se souvient des discussions avec les négociateurs britanniques au début du processus où leur grand espoir était de diviser Berlin et Paris ; ils n’ont pas vraiment réussi à le faire.

S’agissant de l’accord du libre-échange, le négociateur pour les vingt-sept, Michel Barnier, annonce très souvent qu’il serait l’équivalent de l’accord avec le Canada. Il s’agit là d’une position classique de négociation car cet accord sera en fait plus favorable, mais privera les Britanniques de la totale liberté d’exporter leurs produits financiers notamment. Il aurait fallu pour cela qu’ils se soumettent aux conditions que la Suisse et la Norvège avaient acceptées. Il aurait fallu aussi qu’ils contribuent au budget de l’Union européenne. Mais il n’en était pas question. La négociation est asymétrique : c’est la Grande-Bretagne qui va le plus souffrir de ce processus bien qu’il s’écoulera un peu de temps avant que les effets ne s’en fassent sentir au niveau de l’économie, les 27 n’ayant pas énormément à perdre sauf en termes d’image et de cohésion.

Migrations et Réfugiés : la montée des droites extrêmes est très présente dans les débats publics et reste une question majeure. Cela a pu être observé dans les élections italiennes en mars. Les pays d’Europe centrale – Hongrie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie - sont braqués sur la question et refusent d’accueillir des réfugiés du Moyen Orient. Il y a une volonté de retour aux frontières nationales et, de fait, plusieurs pays, dont la France, ont fait valoir des dérogations aux clauses de libre circulation et de contrôle externe de l’accord de Schengen. La question des flux de réfugiés et sa régulation reposent sur un accord passé avec la Turquie, sous l’impulsion de l’Allemagne, laquelle a tout de même accueilli un million de réfugiés. Le président Erdogan en tire un avantage certain. C’est une façon pour lui de s’affranchir d’un certain nombre de règles vis-à-vis de l’Union européenne, ne serait-ce que la participation à l’Union douanière. En contrepartie du contrôle de ses frontières, la Turquie a bénéficié d’une aide de plusieurs milliards d’euros.

Défense : le départ de la Grande Bretagne, qui est avec la France le deuxième grand contributeur à la défense européenne, ne devrait pas poser de problème majeur dans la mesure où la plupart des actions menées par la Grande Bretagne et la France, peuvent être conduites dans le cadre de l’accord bilatéral de 2010. Les Britanniques n’ont jamais montré beaucoup d’allant pour institutionnaliser la défense européenne, et ils ont freiné très longtemps l’idée d’un état-major européen. Une question se pose : en cas de « pépin », l’Europe pourrait-elle compter sur les États-Unis ? L’attitude imprévisible de son président n’apporte aucune certitude dans ce sens. Tout cela plaide en faveur d’un renforcement d’un dispositif institutionnel européen, mais la France, sur ce plan, est un peu seule.

Le Président de la République Française a proposé une coopération structurée autour d’un noyau dur, mais cette coopération à quelques-uns est devenue une coopération très inclusive ralliant vingt-trois pays, format auquel l’Allemagne était plus favorable. Il y a aussi un fonds de mutualisation pour l’achat et la fabrication des armements, mais peu d’avancées ont été observées. Au-delà des débats d’experts sur la question, il convient de noter que la société allemande n’est pas du tout favorable à faire du budget de la défense une priorité, lequel reste toujours très faible (1,2 % du PNB) compte tenu de la richesse de l’Allemagne.

Couple franco-allemand : le grand débat porte sur la question de recréer un noyau dur. L’idée du Président Macron est de le faire autour d’une zone euro réformée et de le faire avec l’Allemagne. Toute sa stratégie repose aujourd’hui sur la bonne relation avec Berlin. Mais le Président Macron est pressé, les Allemands le sont beaucoup moins. À la création de nouvelles institutions voire d’un budget spécifique pour la zone euro qui aurait un rôle stabilisateur en période de crise, propositions du Président Macron dans son discours à la Sorbonne, l’Allemagne préfère d’abord qu’il y ait une meilleure convergence des économies. Position affirmée au cours de la réunion de l’Euro-groupe, préparatoire à celle du Conseil européen, où le ministre allemand de l’économie a insisté sur la nécessité d’attendre, notamment celui du retour à une plus grande solidité des banques.

L’Allemagne a le soutien des pays d’Europe du Nord menés par les Pays Bas et la Finlande. Une lettre existe, l’Allemagne n’en pas signataire mais l’a sans doute inspirée, disant qu’il ne faut pas avancer trop vite sur un projet de mutualisation des dettes et des risques qui tient à cœur à la France et aux pays du Sud. Madame Merkel sera-t-elle prête à faire des concessions notamment contre la CDU, très braquée sur la convergence économique et le refus des transferts des pays en bonne santé vers les pays en difficulté. Le président Macron souhaiterait que le « Brexit aille vite » parce qu’il ne voudrait pas perdre de temps avec ce qu’il estime être un héritage de la crise pour passer à un nouvel agenda de réformes pour l’Union européenne. Mais quels pays seraient prêts à le soutenir dans cette voie ?

Élargissement : La question est bloquée. Concernant la décision d’interrompre les négociations d’adhésion avec la Turquie, aucun chef d’Etat ni de gouvernement européen ne la prendra compte tenu de l’accord existant sur les réfugiés. Les Balkans occidentaux continuent à espérer leur intégration dans l’UE. Le processus a commencé en 2003 avec la déclaration de Thessalonique qui reconnait leur vocation à entrer dans l’Union européenne. Certains d’entre eux ont débuté les négociations d’adhésion : la Serbie et le Monténégro. Christian Lequesne estime qu’il faudrait se concentrer, sans se précipiter, sur un pays important des Balkans : la Serbie, seul véritable État. Le fait que l’Europe ne réponde pas complètement à ces engagements conduit d’autres puissances à être de plus en plus présentes, c’est le cas de la Russie par une présence politique et celui de la Chine par une présence économique.

L’Europe et le Monde

L’ordre libéral mondial, lequel reposait sur la relations entre les Etats-Unis et l’Europe, communément appelé l’Ouest, est aujourd’hui écorné de l’intérieur. La Hongrie par exemple, en la personne de Victor Orban, ne respecte pas les règles de la démocratie libérale. La vraie question : que représente aujourd’hui l’ouest par rapport aux autres ?

Concernant l’Asie, l’Europe est peu présente sur les questions géopolitiques. Elle l’est davantage sur les questions économiques. Les Etats-Unis sont-ils encore présents ? Que veut dire la négociation avec le leader de la Corée du nord ?

L’Europe peut davantage se positionner sur les questions du Moyen-Orient. Elle peut réfléchir sérieusement à une initiative concernant la Syrie, initiative qui bien entendu nécessitera d’avoir une diplomatie non exclusive, c'est-à-dire qu’il faudra dans ce cas-là traiter avec la Russie et ne pas considérer que Bachar El Assad puisse ne pas participer à la négociation.

Il y a une remise en cause par les sociétés de l’Union européenne de l’idée de cet ordre libéral mondial. Les partis politiques comme le FN en France, l’AFD en Allemagne, le FPO en Autriche entretiennent d’excellentes relations avec ceux qui se présentent très ouvertement comme les ennemis de cet ordre libéral mondial et avec Poutine. Une délégation du Front National s’est rendue à Moscou au moment des élections en mars dernier. Il y a une propagande russe auprès des société occidentales très bien organisée et très subtile. Elle passe par des médias comme Russia Today.

L’idée d’une suprématie de l’Ouest diffusant les valeurs et les principes de la démocratie, lesquels suffiraient à faire tourner cet ordre occidental, est remise en cause. L’Europe est davantage empreinte de ces principes que d’autres, et elle pourrait le faire valoir plus explicitement en sa qualité de médiatrice dans un certain nombre de conflits.

Déjeuner-débat 20 mars 2018, notes de François Laurent-Atthalin

0 commentaire(s)
Aucun commentaire pour le moment.
Consultez également
L'Union européenne serait-elle dépassée par l'histoire ?

L'Union européenne serait-elle dépassée par l'histoire ?

Par Jacques André Troesch, président d'ARRI... L’Union européenne (UE) s’est construite et...

3 juillet 2018
Pacte de coalition du gouvernement allemand

Pacte de coalition du gouvernement allemand

Faits marquants et commentaires vus de la France, par Robert Diethrich, président du Cercle...

25 mai 2018
Union européenne "quo vadis" ?

Union européenne "quo vadis" ?

Par Christian Lequesne, universitaire, ancien directeur du CERI (Centre d'études et de...

9 mai 2018
Déclin des institutions internationales ?

Déclin des institutions internationales ?

Par Jacques André Troesch, président d'ARRI...Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les...

9 mai 2018
"Tout ce qui est excessif est insignifiant"

"Tout ce qui est excessif est insignifiant"

La brillante réélection de Vladimir Poutine est une éclatante démonstration de cette phrase de...

30 mars 2018
La convergence économique des pays de la zone euro, illusion ou nécessité ?

La convergence économique des pays de la zone euro, illusion ou nécessité ?

Par Philippe Jurgensen, inspecteur des Finances, président d'honneur de la Ligue Européenne de...

26 février 2018
Fermer En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et notre Politique de Confidentialité. En savoir plus