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Déclin des institutions internationales ?

Déclin des institutions internationales ?

Par Jacques André Troesch, président d'ARRI...

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les puissances occidentales victorieuses avaient construit un système de régulation des relations internationales destiné à maintenir la paix et la sécurité en codifiant les grands principes de celles-ci, depuis l’égalité souveraine des États jusqu’à l’interdiction d’employer la force, tout en n’excluant pas le recours à des mesures de coercition prévues au chapitre VII de la Charte des Nations-Unies.

Ces principes devaient conduire, dans les domaines commercial, monétaire et financier, à la création du GATT devenu l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale.

Sur le plan commercial, l’OMC n’a réussi ni à poursuivre la libération multilatérale des échanges, ni à ouvrir la voie à des accords commerciaux bilatéraux ou régionaux. Elle se voit reprocher son incapacité à mettre fin au dumping économique et social.

Sur le plan monétaire, le Fonds monétaire international n’est plus le régulateur d’un système monétaire égalitaire fondé sur le principe de taux de change fixes mais ajustables. Il est aujourd’hui incapable d’empêcher les tentations de manipulation de change et de restriction des mouvements de capitaux. Il est devenu un organisme de sauvetage de pays en quasi faillite au prix de politiques de rigueur mal perçues par les opinions publiques.

Enfin, sur le plan financier, la Banque Mondiale, dont la mission était de financer les investissements à long terme de l’ensemble des pays membres des Nations-Unies, et notamment de ceux des pays en développement, voit naître des organismes concurrents au service des ambitions nationales de leurs créateurs. Le plus important d’entre eux est la Banque Asiatique d’Investissement dans les Infrastructures (BAII), créée récemment sous l’égide de la Chine.

Cette érosion des grands principes originels est particulièrement inquiétante au niveau des relations politiques internationales. Depuis la fin de la guerre froide, la chute de l’URSS et la libération des pays de l’Est de l’emprise du communisme, s’est développé un nationalisme, lequel s’est traduit par des affrontements ethniques et religieux que l’ONU s’est avérée incapable de réguler de façon pacifique. Il en est résulté une tentation d’intervenir militairement, d’autant plus forte que le champ d’action du chapitre VII de la Charte a été élargi de la reconnaissance d’un droit à l’ingérence humanitaire dans les pays connaissant des conflits internes. Mais, devant l’émotion suscitée par la vision de drames civils, cette possibilité n’a pas empêché pour autant des interventions militaires sans autorisation du Conseil de Sécurité.

Cet affranchissement des grands principes a donné le sentiment qu’il était possible d’intervenir militairement pour satisfaire des ambitions territoriales, contrer l’influence d’un pays adverse ou défendre les sociétés occidentales d’extrémismes religieux, avec pour effet la remilitarisation des relations internationales qui a une triple conséquence. Elle incite d’abord les États à augmenter leurs dépenses militaires, fut-ce au détriment de leur développement économique. Elle les pousse ensuite à chercher à élargir leur sphère d’influence traditionnelle, s’arrogeant la prise de territoires au mépris des règles du droit international. Elle s’accompagne enfin d’un regain de nationalisme dans les États concernés, lequel peut entraîner chez leurs dirigeants, particulièrement dans les démocraties illibérales, des réactions susceptibles de déclencher un engrenage vers des conflits plus vastes.

Face à cette évolution, que peut faire l’Europe ?

Sa priorité est d’essayer de jouer le jeu des institutions internationales et, en particulier, par l’intermédiaire de ses membres européens, de redonner à l’ONU son rôle initial. La tâche n’est pas facile dans la mesure où les positions contradictoires des membres permanents du Conseil de Sécurité paralysent souvent son action et peuvent conduire certains d’entre eux à des interventions sans mandat. Si elles peuvent se justifier, encore faut-il qu’elles restent l’exception. Il faut, de la même façon, éviter des processus unilatéraux de sanctions dont l’efficacité n’est pas toujours avérée. À cet égard, l’Union européenne devrait s’interroger sur l’opportunité politique, en cas de désaccord du Conseil de Sécurité, de suivre systématiquement les États-Unis et de fragiliser ainsi l’autorité de l’ONU.

Il convient par ailleurs de veiller à ce que l’Union européenne manifeste son unité dans la détermination et la défense des décisions du Conseil de Sécurité et son opposition aux surenchères nationales, en cas de sanctions, en particulier à celles des États-Unis avec sa vision extraterritoriale de leur application. À cet égard, il faut parvenir à faire comprendre à nos partenaires européens que l’Europe ne doit pencher ni du côté des États-Unis, ni du côté de la Russie, mais qu’elle doit défendre ses propres intérêts et sa vision des relations internationales. Cette position n’empêche nullement un dialogue franc et loyal avec l’ensemble des protagonistes.

Enfin, l’Union européenne ne peut, quelles que soient les réticences de certains, échapper au renforcement de ses capacités militaires face à l’augmentation des budgets militaires de la plupart des grandes puissances. Dans cette perspective, il lui faut définir une doctrine de défense indépendante de celle des États-Unis qui n’exclut nullement un partenariat à condition qu’il se fasse sur un pied d’égalité. Encore faut-il, pour être crédible, que l’Europe fasse les efforts financiers nécessaires pour assurer l’indépendance de son armement et la conduite des opérations susceptibles d’être menées en son nom propre.

Illustration tirée du site : http://www.invest-export.irisnet.be/web/export/-/bruxelles-invitation-d-acheteurs-d-organisations-internationales-6-8-octobre-2014

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