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"Tout ce qui est excessif est insignifiant"

"Tout ce qui est excessif est insignifiant"

La brillante réélection de Vladimir Poutine est une éclatante démonstration de cette phrase de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Une fois de plus, force est de constater les risques que font courir aux relations internationales les gouvernements en proie à des difficultés internes.

En butte aux divisions du parti conservateur et incapable de procéder à un arbitrage entre tenants d’un Brexit soft et ceux d’un Brexit dur, le Premier ministre du Royaume- Uni a saisi la tentative d’empoisonnement d’un ex-agent double russe à la solde du Royaume-Uni, Serguei Skripal, pour détourner l’attention de l’opinion publique, jugeant très probable que la Russie en soit responsable.

Elle l’a fait d’autant plus facilement que les relations entre le Royaume-Uni et la Russie ou l’URSS n’ont jamais été très chaleureuses, ni leurs relations économiques très importantes comme l’ont été celles de l’Allemagne et de laFrance avant la crise, sauf dans le domaine financier du fait du rôle mondial de la City.

Officier russe du renseignement militaire, Serguei Skripal était agent double au service du Renseignement du Royaume-Uni, le MI5, des années 90 au début des années 2000. Arrêté en 2004 par le FSB, il est emprisonné en Russie. Gracié en 2010 par Poutine et bénéficiant d’un échange d’espions, il est autorisé par le gouvernement britannique à s’installer au Royaume-Uni.

Pour ne pas faire apparaître de nouvelles divisions au sein de l’Union européenne,évitant ainsi de donner satisfaction à la Russie, la France, l’Allemagne et la Commission européenne n’ont eu d’autre choix que de suivre la démarche du Premier ministre britannique avec toutefois une certaine prudence. Seul le Royaume-Uni a pris les premières mesures de rétorsions diplomatiques entraînant aussitôt des représailles russes plus dures, comme le refus de l’ouverture d’un consulat à  Saint Pétersbourg.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : le peuple russe, atteint dans sa dignité nationale, a réaffirmé par son vote sa conviction que seul Vladimir Poutine pouvait défendre la Russie face aux menaces de l’Occident, renvoyant ainsi tout espoir de libéralisation du pays à une date à laquelle seul Vladimir Poutine serait encore au pouvoir alors que les dirigeants occidentaux actuels pourraient ne pas avoir été réélus.

Cette réaction du Premier ministre britannique favorise la stratégie de l’administration américaine, celle-ci n’ayant jamais apprécié les tentatives de rapprochement de la Russie et de l’UE et de création d’une maison commune. Elle se refuse à considérer la Russie comme une grande puissance. Depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, les États-Unis ont appuyé toutes les initiatives destinées à réduire la Russie au rang de puissance secondaire et à restreindre son influence sur ses voisins, de l’élargissement de l’OTAN à la plupart des anciens pays de l’Est jusqu’à l’alourdissement des sanctions dans l’affaire ukrainienne après avoir soutenu la révolution orange et celle des roses.

Le Président des États-Unis n’en poursuit pas moins sa propre politique, félicitant Poutine pour sa réélection, mettant ainsi en porte-à-faux les signataires du communiqué commun du 15 mars 2018, son propre pays l’Allemagne et le Royaume-Uni. Il a par ailleurs confirmé le communiqué du Kremlin sur une possible rencontre bilatérale à haut niveau afin de débattre de la course aux armements, de l’Ukraine et de la Syrie.

Les dirigeants de l’Europe continentale devraient en conséquence s’interroger sur l’intérêt de définir une stratégie vis-à-vis de la Russie, indépendamment des positions américaines et britanniques. En effet, ces pays ne partagent pas les mêmes intérêts politiques, économiques et culturels que ceux du continent européen. L’histoire a lié de façon indissoluble les nations européennes continentales et la Russie. Plus que jamais au moment où le destin du monde glisse progressivement vers l’Asie, ce serait une erreur de laisser de côté ce pont entre l’Europe de l’ouest et l’Asie que constitue par sa géographie, la Russie.

Le nouvel élan que souhaitent donner la France et l’Allemagne à la construction européenne, devrait comporter au-delà des traditionnelles initiatives économiques une vision plus réaliste des relations de l’Union européenne avec la Russie.

Jacques André Troesch, président d'ARRI

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