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La France dans le noir, les méfaits de l'idéologie en politique énergétique

La France dans le noir, les méfaits de l'idéologie en politique énergétique

par Hervé Machenaud, polytechnicien, ingénieur de l'école des Ponts et chaussées et diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris.

Depuis trente-cinq ans, Hervé Machenaud se consacre à l’énergie, il a effectué l'essentiel de sa carrière à Électricité de France où il a occupé d'importantes responsabilités dans le domaine de l'ingénierie tant en France qu'à l'étranger, notamment en Chine. Il vient de publier un livre intitulé La France dans le noir, ou les méfaits de l’idéologie en politique énergétique (éditions Les Belles Lettres). Il a écrit ce livre pour alerter sur les méfaits que vont (risquent ?) entraîner les politiques énergétiques française et européenne, et éviter ce qui conduit inévitablement à « la France dans le noir ».

Les énergies nouvelles fragilisent les réseaux électriques

Aujourd’hui, pour la première fois, on perçoit que le monde est limité, que l’on est trop nombreux et cela entraîne une inquiétude et une peur. Concernant l’énergie, la réponse, le salut, ce seraient les énergies renouvelables, c'est-à-dire l’éolien et le solaire. C’est une grave erreur car on ne sait pas stocker l’électricité à grande échelle. Les systèmes électriques doivent en permanence, en temps réel, adapter la production à la consommation qui fluctue tout au long de la journée. Or les énergies éoliennes et solaires ne produisent pas en fonction des besoins de la demande mais en fonction du vent et du rayonnement solaire. Par exemple, la pointe de consommation en hiver se situe le soir vers 19 heures, quand il n’y a plus de soleil et pas toujours du vent. Un système électrique qui aurait une forte proportion de solaire et d’éolien ne pourrait assurer la demande que si on pouvait stocker l’électricité quand la production est forte et la restituer quand la production est faible, mais nous ne savons pas stocker l’électricité. En France, la production d’électricité solaire n’est active que 10 % du temps et celle de l’éolien que 20 % du temps, ce qui est très limité.

Plus la proportion d’électricité solaire et éolienne sera importante, plus on risquera d’avoir un black-out (coupure totale d’électricité dans le pays) lors des pointes de consommation, par grand froid par exemple, si on a une production d’électricité insuffisante. Pour parer à ce risque, une solution serait d’installer des turbines à gaz prêtes à assurer la production d’électricité en cas d’insuffisance de production par le solaire et l’éolien. Cette solution est très coûteuse car on doit doubler les investissements de production, avec des turbines à gaz qui doivent être opérationnelles en permanence mais qui ne fonctionnent que par intermittence.

Le secteur électrique de l’Allemagne illustre bien ce problème : 100 gigawatts de solaire et d’éolien ont été installés depuis dix ans mais aujourd’hui les centrales à charbon et au lignite ont dû être maintenues en service, compte tenu de l’arrêt des centrales nucléaires, et de nouvelles turbines à gaz sont installées pour garantir la production d’électricité. Résultat : la production de CO² est plus importante qu’en 2010 et le prix de l’électricité est le double de celui de la France. Le Danemark, cité comme modèle, où 70 % de la capacité de production électrique est constituée d’énergies renouvelables, exporte de l’électricité quand il y a un vent fort mais importe de l’électricité venant des centrales à charbon allemandes quand l’éolien est insuffisant. Ces deux exemples montrent bien la discordance que les énergies nouvelles introduisent entre capacité électrique installée et production réelle.

Une autre affirmation a été avancée pour favoriser les énergies nouvelles : elles créeraient des emplois pour la fabrication de ses composants, éoliennes et panneaux solaires. En réalité, cela est insignifiant, la plupart des matériels étant importés.

Les ravages de la dérégulation du secteur électrique en Europe

L’idéologie de la concurrence, avec  la dérégulation introduite par l’Union européenne dans les années 2000, a contribué à déstabiliser le système électrique européen. Pour que cette concurrence dans la production d’électricité ait pu se faire équitablement, il aurait fallu créer un grand réseau électrique interconnecté commun. Or les grands électriciens européens s’y sont opposés, craignant la concurrence du nucléaire français dont les coûts étaient les plus bas. Le marché de l’électricité a été déstabilisé par l’arrivée de nouvelles sociétés dites « fournisseurs alternatifs » qui ont profité des possibilités que leur procurait la dérégulation. Elles ne produisent pas d’électricité mais elles l’achètent sur un marché déprimé du fait de la surcapacité due aux énergies renouvelables, et le revendent aux clients traditionnels des producteurs avec des marges significatives. La conséquence de cette concurrence anarchique est un désengagement des producteurs traditionnels d’électricité qui, perdant de l’argent dans la production classique, ne veulent plus investir dans les centrales thermiques. Il n’y aura bientôt plus, en Europe, une capacité de production d’électricité suffisante pour assurer les pointes de consommation et l’on connaîtra des pertes totales d’électricité, comme ce fut le cas ces dernières années en Australie et en Californie. La dérégulation n’a pas non plus apporté la baisse des prix de l’électricité escomptée puisqu’ils ont augmenté de 50 % entre 2007 et 2014. En conclusion, la dérégulation voulue par Bruxelles a mené aujourd’hui le secteur électrique européen dans l’impasse.

Quelle solution pour l’avenir ?

Du fait que l’électricité n’est pas stockable, dans une situation où le coût marginal de l’énergie est quasi-nul, il faudrait faire payer les consommateurs, non plus sur la base de l’énergie qu’ils consomment, mais, tout au long de l’année, sur la capacité qu’ils appelleront les jours de pointe de consommation. En effet, les installations de production nécessaires pour couvrir cette pointe doivent être disponibles toute l’année dans la perspective de ce jour-là. C’est sur ce fondement et en créant un marché rémunérant la capacité de production, avec une programmation à long terme, sous responsabilité publique, que l’on pourrait envisager des solutions solides et durables.

Déjeuner débat 25 janvier 2018, notes de François Treilhou

 

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