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L'Allemagne et l'Europe peuvent-elles se passer d'Angela Merkel ?

L'Allemagne et l'Europe peuvent-elles se passer d'Angela Merkel ?

Par Daniel Vernet, ancien directeur de la rédaction du journal Le Monde, 

Déjeuner débat ARRI mercredi 22 novembre 2017,

Compte-rendu de Claude Moisy, ancien président directeur général de l'AFP,

Les hasards de la politique ont voulu que notre déjeuner-débat sur l’Allemagne avec Daniel Vernet, tombe trois jours après l’échec des difficiles négociations menées par la chancelière démocrate-chrétienne Angela Merkel avec le Parti libéral-démocrate (FDP) et les Verts pour tenter de former un gouvernement après les élections de septembre dernier.

Au lieu d’évaluer les chances de réussite d’une telle coalition, comme il pensait le faire, l’ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde a été obligé d’explorer les sorties possibles d’une crise politique sans précédent dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre. Et toutes les spéculations sur l’avenir ont tourné autour des mêmes questions. Angela Merkel est-elle au bord de l’épuisement, et quelqu’un d’autre est-il prêt aujourd’hui à la remplacer ?

Ce qui est évident pour Daniel Vernet, c’est que les résultats des dernières élections ont mis fin à la stabilité institutionnelle exemplaire régnant en Allemagne depuis soixante-dix ans. Les deux grands partis de gouvernement qui se partageaient le pouvoir avec ou sans coalition, le SPD socialiste et les CDU/CSU conservateurs, représentaient naguère au moins 80 % de l’électorat. Ils n’en font plus aujourd’hui qu’environ 50 %, et ils ont perdu ensemble 105 sièges au Bundestag. Cela résulte à la fois de leur inévitable usure du pouvoir et de la montée d’un populisme nationaliste sensible dans beaucoup d’autres pays. Le nouveau parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a fait son entrée à la chambre en se trouvant tout de suite en troisième position avec 94 sièges.

Daniel Vernet souligne que cette crise nous concerne tous, car en dehors de la gestion de l’Allemagne elle-même, c’est le sort de l’Union européenne qui est en jeu. Les procédures constitutionnelles sont telles que, si Angela Merkel ne parvient pas à trouver rapidement une autre majorité de coalition que celle qui a échoué, il faudra au moins trois ou quatre mois pour mettre en place un gouvernement minoritaire ou procéder à de nouvelles élections législatives. Pendant tout ce temps, l’Allemagne sera trop absorbée par sa crise institutionnelle pour participer efficacement aux efforts entrepris par le président Macron pour redonner plus de cohérence et de vitalité à l’Union affaiblie par le scepticisme croissant de beaucoup de ses membres.

Comme le veut la Constitution allemande, le président de la République Frank Walter Steinmeier s’est attelé, après l’échec du projet de coalition, à la tâche de trouver une autre solution. Comme Angela Merkel elle-même, le président n’a pas immédiatement renoncé à un retour à la « grande coalition » CDU/SPD jusqu’ici au pouvoir. Mais elle a été rejetée d’emblée par le leader socialiste Martin Shultz qui pense que son parti affaibli se redressera davantage dans l’opposition qu’en jouant à nouveau les seconds violons derrière la chancelière conservatrice.

La grande crainte des observateurs politiques est que l’éparpillement croissant de l’électorat, déjà sensible au vote de septembre dernier, ne s’accentue encore davantage en cas de nouvelles élections. Et plus les votes sont répartis entre un plus grand nombre de partis, plus il devient aléatoire de former une coalition majoritaire. Surtout que deux partis relativement importants, l’AfD d’extrême-droite et le Die Linke d’extrême gauche, sont pratiquement exclus d’une telle coalition.

Même si le problème actuel provient en partie d’un début de lassitude de l’opinion publique allemande envers Angela Merkel après ses douze années ininterrompues à la Chancellerie, personne aujourd’hui ne semble en mesure de la remplacer à la tête de la CDU. Selon Daniel Vernet, elle se serait elle-même soigneusement efforcée d’éliminer les concurrents potentiels qui émergeaient dans son entourage. Il n’exclut toutefois pas que si le parti démocrate-chrétien est à nouveau appelé à former le prochain gouvernement, il soit entendu que Madame Merkel ne le dirigera que pendant deux ans pour laisser ensuite la place à une autre personnalité désignée d’avance. 

Daniel Vernet a par ailleurs insisté sur le rôle joué dans la crise allemande par Christian Lindner, le nouveau chef du parti libéral (FDP), qui a sans doute été le principal responsable de l’échec des négociations pour une coalition à laquelle il n’aurait jamais cru. Ce jeune politicien ambitieux de 38 ans pense que son parti a davantage à gagner pour l’avenir en restant dans l’opposition. Mais il ne va pas faciliter les choses sur le plan européen car, si le FDP a été traditionnellement favorable à l’Union, Lindner a fréquemment tenu pendant la dernière campagne électorale un discours euro-sceptique, en particulier sur la monnaie commune qu’il accuse de tirer l’argent de l’Allemagne vers des pays moins rigoureux. Il viserait ainsi à attirer les électeurs de plus en plus nombreux de la droite souverainiste.

Au moment où se tenait notre déjeuner les efforts du président Steinmeier ne faisaient que commencer et Angela Merkel déployait encore ce que Daniel Vernet appelle « sa souplesse idéologique et son habileté tactique » pour tenter de former n’importe quelle coalition plutôt que d’aller à de nouvelles élections. Dans l’actuel climat délétère, son parti et le SPD pourraient en sortir encore un peu plus affaiblis et ne tiendraient plus ensemble la majorité au Bundestag. La « grande coalition » ne serait même plus la voie de secours.

 

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