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La France n'a pas d'amis ; elle n'a que des intérêts

La France n'a pas d'amis ; elle n'a que des intérêts

par Jacques André Troesch, président d'ARRI.

Le général de Gaulle, en paraphrasant Lord Palmerston, « L’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents ; elle n’a que des intérêts permanents », rappelait que, d’une façon plus générale, « les États n’ont pas d’amis ; ils n’ont que des intérêts ».

A l’ère des relations internationales dominées jadis par une vision idéologique a succédé un monde marqué par la volonté des États de défendre leurs intérêts nationaux, fût-ce au prix d’une mise à l’écart des valeurs de solidarité et de coopération mondiales à l’honneur au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale avec la création d’une pléiade d’institutions internationales.

Après plusieurs décennies de tentatives d’exporter les principes de la démocratie occidentale, les Etats-Unis ont repris leur vieille conception des relations internationales, « America first », et se refusent à être les arbitres des tensions mondiales. La Russie est revenue aux fondements de la politique extérieure de l’Empire russe en s’opposant à l’expansion de l’Union européenne, en cherchant à accroître son influence au Moyen – Orient et en se tournant vers l’Asie. La Chine a décidé de devenir une puissance mondiale, d’asseoir son influence en faisant de la Mer de Chine une mer intérieure et de développer son « soft power » avec le projet de la route de la soie et la croissance des échanges avec le continent africain.

A cet égard, la récente tournée du Président de la République au Moyen – Orient mérite d’être saluée. Emmanuel Macron a mis fin aux jugements moraux sur les États et aux ingérences dans leurs affaires internes qui ont marqué la politique étrangère française depuis de nombreuses décennies. Il a opté pour une approche prudente et pragmatique des réalités complexes au Moyen – Orient sans pour autant s’interdire de vouloir restaurer l’influence de la France.

Toutefois, la question mérite d’être posée de savoir si les valeurs qui ont présidé à la construction de l’Union européenne ne sont pas, au-delà du formalisme des discours traditionnels, en train de laisser la place à la défense des intérêts nationaux.

Si chacun stigmatise l’attitude des pays du groupe de Višegrad sur le partage du fardeau de l’immigration, force est de constater que l’Allemagne, pas plus que d’autres États comme la France, n’a pas été en reste lorsque l’intérêt national était en jeu.

Faut-il rappeler que la chancelière Angela Merkel n’a pas hésité à négocier directement avec la Turquie sans en référer aux États membres.

Cette attitude de l’Allemagne n’est pas nouvelle. A la fin de 1991, en dépit du refus de la majorité des États membres, le chancelier Helmut Kohl n’a pas hésité à reconnaitre unilatéralement l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie, pays catholiques, sous la pression de la CSU à la veille d’une échéance électorale en Bavière catholique. Il a ainsi précipité la dislocation de la Yougoslavie avec les guerres qui s’en sont suivies.

Les récentes déclarations du Conseil des ministres des Affaires étrangères et de la Défense constituent un exemple de ce décalage entre les intentions et la réalité. L’affirmation de la nécessité de développer une coopération en matière d’équipement n’empêchera pas la plupart des pays européens, y compris l’Allemagne, de remplacer leurs avions de combat par le F35 américain, même si la France fait une dernière tentative pour vendre le Rafale à la Belgique.

Pour cette raison et pour être à l’initiative d’une relance de l’Union européenne, la France doit montrer qu’elle est aussi soucieuse que d’autres de ses intérêts pour ne pas donner le sentiment aux Français que la construction européenne se fait contre eux. A cet égard, il faut se féliciter, fût-ce au prix de tensions avec les autres États membres, d’avoir remis un peu d’ordre dans le domaine des travailleurs détachés et ne jamais oublier qu’en Europe, comme ailleurs, les États n’ont pas d’amis mais seulement des intérêts.

Décembre 2017

Carte : centresevres.com

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