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L'Afrique, l'Allemagne et la France

L'Afrique, l'Allemagne et la France

L’Afrique : un partage implicite des responsabilités entre l’Allemagne et la France à revoir,

par Jacques André Troesch, président d'ARRI. 

Alarmée par la poursuite de l’immigration massive, en particulier en provenance d’Afrique, avec ses conséquences sur la stabilité sociale en Allemagne, et pour endiguer cette immigration économique, Angela Merkel, présidente du G20 (groupe de 19 pays plus l’Union européenne représentant 85 % du commerce mondial et 90 % du produit brut mondial) en 2017, a décidé de faire du développement de l’Afrique, la priorité de sa prochaine réunion au niveau des chefs d’États.

A l’initiative de Wolfgang Schäuble, ministre des Finances, la Chancelière est partie du constat d’un certain échec de la traditionnelle politique d’aide publique au développement (APD).

En dépit d’un niveau d’APD supérieur à celui de la France (17,8 milliards USD soit 0,52 % du RNB contre 8,15 milliards USD soit 0,37 % du RNB), et de sa volonté d’atteindre à terme 0,7 % du RNB, l’Allemagne, comme de nombreux pays développés, voit ses moyens financiers publics soumis aux contraintes budgétaires nationales.

A ces limites financières se sont ajoutés les méfaits de la distribution de l’APD : investissements de prestige inutiles, distorsions de concurrence, secteur public hypertrophié, corruption de classes dirigeantes, bureaucratie pléthorique.

De cette analyse, la Chancelière a tiré la nécessité de chercher d’autres relais de financement du développement en faisant appel à l’investissement privé, en particulier pour les pays africains où l’apparition d’une classe moyenne a permis l’émergence d’un marché solvable dont la demande peut être assurée par des entreprises privées petites et moyennes.

Dans cette perspective, il s’agit moins de favoriser la croissance des importations, que de favoriser l’investissement local en facilitant un co-développement d’entreprises locales grâce à l’apport financier d’investisseurs étrangers.

Les institutions financières internationales auraient un rôle important à jouer : en apportant un soutien technique aux États pour les réformes indispensables, elles contribueraient à créer un climat de confiance indispensable pour attirer les investisseurs privés tant locaux qu’étrangers.

Dans une telle approche, les entreprises moyennes européennes pourraient occuper une place importante dans la mesure où les marchés solvables à développer sont encore, pour l’essentiel, de taille moyenne et concernent moins les grands groupes intéressés en priorité par les infrastructures.

L’Allemagne est, à cet égard, particulièrement bien placée pour occuper une place de premier plan en Afrique et rattraper son retard sur la Chine et la France en matière de présence économique sur ce continent. Elle y trouverait de nouvelles sources de croissance pour ses entreprises du Mittelstand. Pour assurer l’existence d’une main d’œuvre qualifiée, le ministre des finances kenyan et le ministre fédéral de la coopération économique et du développement ont signé un accord pour la création d’une université technique Est-africaine et la mise en place d’un programme pour le développement de l’apprentissage.

La Chancelière et son ministre des Finances ne se sont pas trompés sur l’enjeu d’une telle approche : ils ont favorisé les réunions de dirigeants africains à Berlin pour obtenir un consensus sur cette nouvelle vision du développement économique de leurs pays.

Un accord de principe a été obtenu lors de la réunion des ministres des finances du G20 à Baden- Baden le 18 mars 2017 à l’initiative de l’Allemagne appuyée en particulier par la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Maroc, la Tunisie et l’Afrique du Sud. Angela Merkel a réuni à Berlin, les 12 et 13 juin 2017, les dirigeants du Ghana, de l’Ethiopie, du Niger, de l’Egypte et du Mali aux côtés d’institutions financières internationales.

Le point d’orgue devrait être la réunion des chefs d’États du G20 à Berlin les 6 et 7 juillet 2017. La Chancelière souhaite faire adopter cette nouvelle vision du développement de l’Afrique sous la forme d’un partenariat stratégique qualifié de « Compact with Africa ».

Pour séduisante que soit cette approche, elle n’en pose pas moins deux questions politiques importantes. Dans cette stratégie économique n’apparaissent à aucun moment les problèmes de la stabilité politique du continent liés à l’islamisme et ceux du développement économique des pays les plus pauvres.

L’absence d’implication réelle de l’Allemagne dans les opérations de maintien de la paix et de lutte contre les islamistes conduit à penser qu’elle laisse, sans le dire, la tâche périlleuse et coûteuse, à la France. Jusqu’à présent, l’engagement de l’Allemagne reste faible en dépit de la volonté et de la demande du Président de la République Française.

C’est ainsi que l’Allemagne n’a jamais jusqu’à présent déployé au Mali ni les 650 hommes, ni à fortiori les 1000 hommes promis par Ursula von der Leyden, ministre allemand de la Défense, dans le cadre de la mission lancée par les Nations Unies pour stabiliser le pays. Ces forces ne sont d’ailleurs que destinées à faire de la formation. Le seul effort est une participation au transport aérien militaire entre l’Europe et le Mali.

Cette situation est préoccupante dans la mesure où la sécurité se dégrade en Afrique Centrale au point que la France va probablement être obligée de renvoyer des troupes à Bangui après la fin de l’opération Sangaris en octobre 2016. Quatorze des seize préfectures du pays sont occupées par des milices ou des groupes armés, et les Forces armées centrafricaines sont incapables d’assurer la sécurité du pays.

L’enjeu pour la stabilité de la région est d’autant plus important que le Tchad et le Cameroun luttent contre Boko Haram, le Sud Soudan et le Soudan sont en proie à des guerres civiles et la République démocratique du Congo et le Congo Brazzaville doivent affronter des milices intérieures.

Par ailleurs, la priorité donnée aux pays africains émergents disposant d’une classe moyenne et aux organisations internationales financières provoque un sentiment de désintérêt pour les pays les plus pauvres laissés à la charge des organisations internationales responsables de l’APD au moment où certes la pauvreté recule, mais le nombre de pauvres augmente.

Il appartient à la France de chercher à replacer cette initiative, au demeurant utile, dans une approche plus globale dans la mesure où les conflits armés et l’extrême pauvreté sont des facteurs d’immigration aussi puissants que l’absence de perspectives et de travail pour les jeunes africains.

 

 

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