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Le 27 mars 2017
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Déjeuner débat avec SE Madame Pilar Arosemena de Aleman

PANAMA, PORTE D’ENTRÉE AUX AMÉRIQUES

Déjeuner débat du jeudi 2 février

En préambule à notre voyage au Panama en mars prochain, Son Excellence Madame Pilar Arosemena de Aleman, ambassadeur du Panama en France, nous a présenté son pays lors d’un déjeuner débat, dans le cadre historique parisien du Procope, le 2 février 2017.

Madame Pilar Arosemena de Aleman a notamment suivi des études à Paris (IEP) et à l’université de Washington. Elle a ensuite poursuivi une carrière dans le domaine de la finance avant de l’enseigner à l’université catholique Santa Maria La Antigua.

Sa nomination à Paris l’a conduite à quitter la présidence de la Fondation Amador, à l’origine de la construction du Biomusée de Panama.

 

Avant de parler du Panama tel qu’il est aujourd’hui, il est important de comprendre son passé. Le Panama a toujours été l’objet d’attention de grands visionnaires, tels Ferdinand de Lesseps, en raison de sa position géographique au centre des Amériques et de sa forme étroite qui fait que les océans Pacifique et Atlantique ne sont distants que de quatre-vingts kilomètres. Il y a cinq millions d’années, lorsque l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord étaient deux continents séparés, l’Amérique centrale a surgi des mers à cause des mouvements tectoniques. C’est le Panama qui a produit l’union entre les deux continents et c’est un pont qui a permis le grand échange biotique américain. Des découvertes scientifiques récentes mettent en évidence que le destin du Panama a toujours été d’être le point d’union du continent américain. Avec l’apparition de l’isthme, les océans se sont divisés mais la grande proximité entre le Pacifique et l’Atlantique a toujours été à l’origine d’une culture interocéanique au sein des pays d’Amérique centrale.

Les Espagnols se sont tout d’abord servis des terres panaméennes en tant que point central pour transférer leurs richesses de la côte pacifique vers la côte atlantique, c’est-à-dire vers l’Espagne. Charles Quint avait l’idée que le Panama pouvait servir de trait d’union entre les deux océans. Plus tard, le Panama a eu un rôle important dans la ruée vers l’or de Californie, quand la construction d’un chemin de fer a été entreprise pour que les Américains puissent passer de la côte Est à la côte Ouest des États-Unis en passant par le Panama.

À la fin du XIXème siècle, c’est Ferdinand de Lesseps qui relança l’idée d’un canal qui traverserait le Panama de bout en bout. Nous, les Panaméens, n’avons jamais oublié que nous devons en grande partie à Ferdinand de Lesseps, la construction du canal de Panama et la croissance économique du pays qui en découle. En effet, sans lui, les Américains auraient pu choisir un autre emplacement pour le Canal, comme par exemple le Nicaragua. Nous savons certainement tous comment les Américains ont ensuite acheté la compagnie du canal aux Français, surmonté l’épidémie de fièvre jaune, et terminé en 1914 la construction du canal tel que nous l’avons connu jusqu’à son récent agrandissement.

Aujourd’hui, je veux vous parler de la façon dont le canal de Panama est devenu le pilier de notre économie actuelle depuis que le pays le contrôle. Comme beaucoup d’entre vous le savent, les États-Unis ont obtenu, en signant le traité de construction du canal, la souveraineté et le pouvoir de décision non seulement sur les opérations du canal mais également sur la bande de terre entourant le canal où se concentrent les zones économiques les plus importantes du pays. Ce n’est qu’en 2000 que le Panama a récupéré la souveraineté sur le canal et tout son territoire. L’impact de cette mesure sur l’économie panaméenne a été considérable.

En 2013, l’Autorité du canal de Panama a pu reverser à l’État panaméen plus de neuf milliards de dollars, soit beaucoup plus qu’en quatre-vingt-cinq ans de gestion américaine : de 1914 à 1999, les États-Unis n’ont versé au Panama qu’environ cent millions de dollars. En 2015, plus de 12 000 bateaux ont transité par le canal et ont réglé un péage total d’environ deux milliards de dollars.

2016 est une année historique pour le Panama car nous avons inauguré au mois de juin dernier les nouvelles écluses du canal. Le projet initial avait été voté par référendum en 2006 et les travaux commencés dès 2007. Les nouvelles écluses permettent le passage de bateaux plus grands que ceux qui passaient auparavant. Le volume des porte-conteneurs a été multiplié par trois. Les navires consomment moins de carburant, ce qui contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Tous ces détails techniques sont importants car ils constituent la base de la nouvelle économie panaméenne.

Autrefois, quand nous n’avions pas la souveraineté de notre principal atout et ressource, le canal, l’économie panaméenne était principalement centrée sur la vision du pays en tant que destination compétitive du point de vue fiscal pour attirer des investissements. En fait, à ce moment-là, plusieurs pays sans ressources naturelles avaient des modèles économiques similaires, ce qui était parfaitement accepté par la communauté internationale.

Cependant, le monde a changé après le 11 septembre et la crise financière de 2008. Les soucis avec le financement de terrorisme, le blanchiment de capitaux et l’évasion fiscale ont sans doute forcé l’évolution de ces modèles économiques. De nombreux pays ont également souffert en raison du non-respect de leurs lois. Pour toutes ces raisons, le Panama a vécu l’année dernière des moments difficiles car un cabinet d’avocats panaméens, ayant transgressé les lois panaméennes, a été à l’origine de la publication des « Panama papers » qui ont suscité d’importantes critiques dans le monde entier. En ce sens, le Panama reconnaît qu’il s’agit là d’un problème mondial et fait tout ce qui est en son pouvoir aux côtés de l’OCDE pour contribuer à la transparence de son système.

Le pays est conscient que ce travail est vital pour son économie. Le Panama a été retiré au mois de février 2016 de la liste grise du GAFI et a signé à Paris, il y a quelques jours, la Convention d’assistance administrative mutuelle en matière fiscale de l’OCDE pour adhérer à l’échange automatique d’information avec tous les pays signataires. Cette Convention est le standard de référence mondial pour les autorités fiscales. Le gouvernement panaméen s’est engagé aux côtés de tous les États de l’OCDE en faveur de la transparence fiscale. Fin 2016, nous avons également soumis à l’Assemblée nationale six lois afin de remplir les conditions des normes et de la Convention multilatérale. Parmi les lois que nous avons modifiées, certaines intéressaient beaucoup la France, comme la possibilité d’exiger des compagnies offshore un registre comptable et le nom des vrais propriétaires des sociétés offshore. Il est très important de noter que les bénéfices des compagnies offshores représentent aujourd’hui seulement moins de 1 % du produit intérieur brut (PIB) de notre pays, alors que les recettes provenant du canal et du secteur logistique, ports, industrie des transports et aéroport, représentent plus de 25 % du PIB.

Pour pouvoir comprendre pourquoi il y a eu un changement drastique à la base de notre économie, il faut rappeler que pour les États-Unis le canal s’inscrivait d’abord dans une logique stratégique au service de l’US Navy. Un accès privilégié aux deux océans grâce au canal était très important pour devenir la première puissance navale mondiale au début du XXème siècle.

Mais, dès qu’il a assumé la souveraineté du canal, le Panama a privilégié l’approche commerciale. Nous nous sommes très vite rendu compte que le vrai commerce ne se trouvait pas seulement au niveau des bateaux qui traversent le canal mais à celui de tous les services que nous pouvons proposer à ces bateaux. Rappelons que Panama est le seul port au monde à posséder des terminaux sur les deux océans : actuellement nous en avons trois sur l’océan Atlantique et deux sur l’océan Pacifique, et nous sommes en train de procéder à un appel d’offre afin d’en construire un troisième du côté Pacifique. Nous avons également un chemin de fer qui traverse l’isthme et un important réseau routier, ainsi que plusieurs zones spéciales qui disposent de centres de stockage et de transbordements de conteneurs.

Parmi les zones spéciales, nous pouvons mentionner la zone franche de Colon (ZFC), qui est une plateforme de redistribution des marchandises. On trouve également la Cité du Savoir, un pôle international pour l’éducation, la recherche et l’innovation situé dans une ancienne base militaire américaine, à dix minutes du centre-ville, au sein de laquelle le gouvernement a permis l’établissement d’institutions au travers du système de guichet unique pour faciliter les activités, et où sont établies toutes les opérations des Nations-Unies d’Amérique latine. On trouve aussi Panama Pacifico, une plateforme d’affaires internationales, dédiée à la production de biens et services à haute valeur ajoutée et/ou intégrant de la technologie. Il y a là des call centers et le siège d’entreprises très importantes telles que Dell, 3M, Caterpillar...

Nous avons également misé sur notre connectivité aérienne avec l’aéroport international de Tocumen. Cet aéroport, véritable hub aérien des Amériques, dessert plus de quatre-vingts destinations et espère accueillir plus de quinze millions de passagers à partir de l’année prochaine. Le Panama essaye de se promouvoir en tant que destination touristique et de nombreuses compagnies aériennes importantes telles qu’Air France, Lufthansa, Iberia ou Turkish Airlines desservent le pays.

Le Panama est aussi le seul pays d’Amérique centrale à disposer d’un métro dont les wagons ont été fabriqués par Alstom. Ceci est important car le président du Panama est très engagé dans le bien-être des Panaméens et désire utiliser les recettes du canal pour réduire nos indices de pauvreté et d’inégalité, et améliorer notre système scolaire.

Comme je l’ai mentionné, le canal de Panama et les activités logistiques connexes représentent environ 25 % du PIB panaméen alors que le pays ne détient la souveraineté du canal que depuis seize ans. Le gouvernement panaméen est déjà en train d’étudier la possibilité d’une deuxième extension du Canal pour que les bateaux Postpanamax, dont les dimensions sont trop importantes pour pouvoir passer par les écluses du canal actuel, puissent également transiter.

Cependant, le Panama est plus qu’un canal, et il y a eu aussi d’autres bonnes nouvelles pour nous l’année dernière. Le Panama a été l’un des premiers pays à ratifier l’Accord de Paris sur l’environnement et, en tant que président de la Coalition des pays avec des forêts tropicales, le pays a lancé une initiative environnementale importante, le Centre ICIREDD. Ce centre, dont le but est de diminuer les émissions polluantes, la déforestation et la dégradation des terres, essaye d’encourager les pays possédant des forêts tropicales à les protéger. Le Panama a également été choisi cette année pour héberger les Journées Mondiales de la Jeunesse en 2019.

Pour terminer, je dois vous dire aussi que comme tous les pays, le Panama a également des défis à surmonter au-delà des défis fiscaux. Le Panama veut devenir le prochain Singapour, mais doit pour cela faire des réformes. Le système scolaire doit être amélioré, des efforts sont également requis pour former la population à des métiers techniques tels qu’électricien, technicien des ports, spécialiste des transports, etc. La France est l’un des pays qui soutient le Panama dans ses efforts grâce à des formations organisées par Schneider Electric, Alstom et par le gouvernement français.

La corruption est également un grand défi. L’ancien gouvernement avait la réputation d’être corrompu. De nombreux membres de ce gouvernement ont été condamnés, et le président actuel est très engagé à cet égard. Au fur et à mesure que la classe moyenne augmentera, le peuple tolérera de moins en moins les manquements du gouvernement en matière d’éthique et de transparence. La démocratie est ancrée depuis vingt-cinq ans, depuis que le dictateur Manuel Noriega a été évincé lors d’une intervention militaire des États-Unis.

En conclusion, l’économie du Panama est une économie de services qui a fortement misé sur le secteur logistique et a connu une croissance moyenne constante pendant la dernière décennie, croissance qui a atteint plus de 5 % en 2016. Le Panama essaye de se présenter au monde comme la véritable porte d’entrée aux Amériques, et les chiffres parlent d’eux‑mêmes.

Madame Pilar Arosemena de Aleman

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